Gorges de l’Ain : le Rocher de Jarbonnet

Gorges de l'Ain : Jarbonnet

Les rochers de Jarbonnet forment de belles falaises situées dans les gorges de l’Ain sur la commune de Cize. Situés à 30 minutes de route de Bourg-en-Bresse et 1h15 de Lyon, les rochers de Jarbonnet sont une bonne option pour une journée d’escalade depuis Lyon.

Les voies d’escalade sont nombreuses (près de 150) sur un calcaire d’une qualité exceptionnelle pour la région plutôt dans un niveau 6 et 7, même si des voies plus faciles existent, le niveau reste élevé. Les rochers orientés plutôt sud/sud-est sont au soleil dès le matin, c’est donc un site idéal pour la mi-saison. En hiver, les journées seront d’autant plus courtes que la falaise passe à l’ombre en fin d’après-midi et il peut y faire froid.

L’escalade à Jarbonnet ne date pas d’hier puisque les premières voies ont été ouvertes en 1968. En 1976, la falaise comptait 15 voies et 54 en 1982. Si la falaise de Jarbonnet a connu son âge d’or dans les années 80, les années 90 ont vu la fréquentation diminuer. Pas de relais en haut des voies, l’engagement, les accès en rappel et l’assurage naturel assez systématique à Jarbonnet ont pu décourager les grimpeurs qui se tournaient vers d’autres falaises plus équipées du département. Depuis cette période, quelques aménagements ont été réalisés pour moderniser la falaise en installant notamment des relais dans certaines voies qui en étaient dépourvues.

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La très belle vue sur les gorges de l’Ain depuis la falaise de Jarbonnet

Jarbonnet : falaise école ou terrain montagne ?

Le topo de 1995 décrit 110 voies et présente l’éthique et la mentalité de l’escalade à Jarbonnet : extrait du topo. Cette réflexion est intéressante de nos jours où la plupart des falaises sont devenues aseptisées. Jarbonnet ne l’est pas complétement, c’est ce qui fait sa différence. En 2018, ce discours pourra être éloigné de la réalité de l’escalade moderne sur les falaises de France. Qu’on ne désespère pas : même s’il a été éradiqué peu à peu des falaises école, le milieu montagne n’a pas disparu pour autant dans les belles voies alpines et du monde. Jarbonnet voudrait être l’exception : un terrain montagne préservé.

Pour grimper à Jarbonnet, pas de longue marche d’approche ni de nuit en refuge mais seulement une vingtaine de minutes de marche en légère montée. Le secteur le plus accessible en terme de cotations est celui du haut alors que les secteurs du bas (la barre médiane et le secteur du bas) recèlent de voies plus dures. On trouve à Jarbonnet une grande variété de voies dans tous les profils : dalle, dièdre, surplomb, dévers et un rocher de très bonne qualité dans certaines voies. Peut-être le plus beau rocher de tout le département de l’Ain.

En revanche, de nos jours et malgré les aménagements réalisés depuis les années 90, il faudra se méfier de l’équipement dans certaines voies (voir mon commentaire personnel plus bas) et être bien préparé techniquement et psychologiquement pour se lancer en tête dans certaines lignes.

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La Yevoussa dans le secteur du chêne : la photo en page 16 du topo n’a pas pris une ride, et même si le buis est plus petit, il a résisté aux assauts de la pyrale de 2017

Pour les grimpeurs évoluant dans le 5 et le 6a, le secteur du Chêne (secteur du haut) est recommandé. Il y a de très belles voies bien équipées dans le niveau 5 plutôt en dominante de fissure et dièdre.

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Grimpe au secteur du haut : Vincent dans la Gugus, une ancienne voie sur coinceurs qui a été rééquipée pour le bonheur de tous même ceux qui n’ont pas de coinceurs

A Jarbonnet, on apprécie surtout le calme, la vue sur les gorges de l’Ain et les voies parmi les plus belles du département de l’Ain. Mais il ne faut pas se mentir, Jarbonnet est une falaise un peu élitiste : bien ou mal ? A vous de vous faire votre propre idée en visitant les voies.

Accès : se garer sur le parking du belvédère des gorges de l’Ain et suivre les nombreux panneaux d’accès à la falaise, puis aux différents secteurs.

Topo : « Rocher de Jarbonnet – Gorges de l’Ain » de Stéphane Gayraud version de 1995 édité par le Comité Départemental FFME de l’Ain réédité en 2013 avec un additif et en vente Au Vieux Campeur à Lyon. A l’image de la falaise, un topo comme on en voit plus avec des schémas assez délirants où on sent le goût de l’auteur pour les montgolfières, une bonne façon d’élever l’esprit humain ?

Avis personnel : que penser de l’esprit de Jarbonnet ?

En prélude de cet avis personnel, voici l’extrait du topo de 1995 qui présente l’éthique et la mentalité de l’escalade sur le rocher de Jarbonnet

Je connais mal la falaise de Jarbonnet puisque j’y ai peu grimpé et ce commentaire est un avis qui manque sans doute de recul. Je ne connaissais pas le rocher de Jarbonnet jusque récemment puisque je l’ai découvert au printemps 2018 en trouvant le topo de 1995 dans une boutique à Lyon. Je pars du principe que s’il y a un topo, c’est bien que l’escalade est « ouverte à tous » d’autant que la falaise et les secteurs sont très bien fléchés depuis le parking. Ce n’est donc pas un « secret spot » ou une falaise pour les initiés seulement.

D’accès rapide en un après-midi depuis l’agglomération lyonnaise, avec une escalade enthousiasmante dans les longueurs, la pratique de l’escalade à Jarbonnet avait tout pour plaire mais n’est pourtant pas sans risques. Certaines voies sont très bien équipées et pourraient être caractérisées de « modernes » et méritent leur appellation d’escalades sportives, en revanche certaines voies, y compris des classiques ont un équipement très aéré et vieillissant. Pour donner un exemple : dans la super classique « le Chêne » en 6b, le premier point est à 4 mètres du sol avec une approche en rocher moyen et les points au milieu de la voie sont espacés de plus de 3 mètres. Les points ont été scellés il y une vingtaine d’années (voire plus ?). Que se passerait-il en cas de chute du grimpeur et en cas de faiblesse de l’équipement (arrachement, sortie de la dégaine), la chute de 10 mètres au sol est inévitable.

L’escalade même en montagne, ce n’est pas confier sa vie à un seul point sur lequel on a aucune information que je sache ? En montagne, l’assurage sur coinceurs et béquets est la plupart du temps fiable et la qualité des protections, même si elle ne répond pas à une norme, est connue de l’alpiniste. Lorsque l’alpiniste n’a pas de protections ou des protections douteuses, ce dernier évolue comme en solo et la chute est interdite. A l’époque de l’équipement des voies, grimper sur des ancrages placés avec parcimonie et neufs devait être un jeu. Avec le temps, le COSIROC a disparu et le jeu de l’équipement minimaliste devient dangereux. Alors même si le rocher de Jarbonnet est très beau, cette dangerosité que la FFME nomme « terrain d’aventure » dans sa classification des sites d’escalade n’est pas très logique sur un site école facilement accessible par des grimpeurs peu aguerris à ce terrain « montagne », certains diront « à l’ancienne », qui plus est si le topo est en vente libre en 2018. Mon commentaire fait un peu écho à un avis de Bruno Fara assez crieur sur Jarbonnet  rédigé il y a quelques années. Même si depuis des voies ont été ré-équipées, des relais ajoutés et des équipements ont été modifiés, l’esprit semble être resté le même à Jarbonnet, en témoignent les points ajoutés puis rebouchés dans certaines voies, véritable guerre de tranchées entre les « anti-chute au sol » et les « pro-engagement ».

Les préalpes françaises, les Alpes et les hauts lieux reculés du monde sont remplis de rochers où pratiquer la « montagne », pourquoi ne pas simplement apprécier le beau rocher et les mouvements à Jarbonnet sans se poser de question sur les conséquences pour sa santé physique d’une potentielle chute ? L’erreur n’est pas toujours humaine, pensez le contraire serait présomptueux et penser que ça n’arrive qu’aux autres très égoïste.

Eric C.

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